Plantation de l’arbre de la Laïcité en partenariat avec la mairie de Penmarc’h le 07/10/2019

 

Discours du président de la ligue de l’enseignement du Finistère: Mr Didier Bélier

« Depuis plusieurs années, le mouvement laïque se mobilise autour du jour anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, le 9 décembre. Il s’agit, en ce 9 décembre, d’illustrer et de défendre les principes et les valeurs laïques, en particulier la liberté de conscience.

Aujourd’hui, la plantation de l’arbre de la Laïcité, ce beau geste symbolique est évidemment inspiré par les arbres de la liberté qui affirmaient la souveraineté du peuple dès la Révolution.

L’arbre est un puissant symbole par son enracinement, par sa fière verticalité et par son feuillage protecteur. L’arbre de la laïcité s’inscrit dans l’histoire populaire et dans la mémoire révolutionnaire. La laïcité comme garante de nos libertés est mise à l’honneur, contre les conceptions de ceux qui la réduisent à des interdits.

Depuis un certain temps, nous pouvions avoir le sentiment que le traitement de la question laïque s’était enfermée dans une sorte de ritualisation des approches et des oppositions entre ceux qui y voyait une liberté, une démarche d’émancipation et ceux qui, enfermés dans une logique identitaire, ne la percevait que comme un outil justifiant l’interdiction de tout ce qui troublait leur conception. Et puis, subitement, il y a quelques mois une surprenante agitation réformatrice s’est invitée dans le débat public, alimentée par la chronique de l’action gouvernementale. Il conviendrait, toutes affaires cessantes de réformer, de réviser ou d’amender la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l’État. Les principales organisations associatives ou syndicales laïques se sont émues d’un tel projet et ont clairement manifesté leur opposition à une telle initiative.

Les urgences suscitées par le mouvement des « gilets jaunes » paraissaient avoir modifié l’ordre des priorités de ce gouvernement et bouleversé les agendas. Les temps étaient à des revendications plus sociales, telles l’amélioration du pouvoir d’achat des plus pauvres ou la recherche d’une plus grande justice fiscale. Quelle ne fut donc pas la surprise des destinataires de la « Lettre aux Français » écrite par le président de la République qui, l’ayant lue jusqu’au bout, constataient que la question, évacuée par la porte refaisait son retour par la fenêtre. Juste après avoir évoqué la question de l’immigration, la question suivante était posée : « Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? »

Au-delà de la formulation, l’on pouvait se demander ce que recouvrait la référence aux rapports entre l’État et les religions et non plus entre les cultes ou les Églises. Ce basculement d’un débat institutionnel à un débat idéologique n’était pas neutre. Était-il, une nouvelle fois, question de « réparer » le lien qui se serait « abîmé » entre l’Église et l’État comme cela avait été évoqué par le Président de la République, le 9 avril 2018, au Collège es Bernardins ? Se retrouvait-on dans une logique identique à celle évoquée par Nicolas Sarkozy, en 2007, dans son discours consécutif à la réception du titre de chanoine laïque du Latran.

Plus que de réécriture, d’amendements ou de modifications de la loi de 1905, ce qui importe d’abord c’est d’en comprendre la genèse et la philosophie, seules de nature à en comprendre la portée, profondément contemporaine du texte. Une telle démarche permet, également de dénoncer les accaparements et les travestissements dont elle est l’objet.

Réécrire la loi de 1905 et porter atteinte aux principes qu’elle pose, serait une faute.

Depuis 114 ans la loi de 1905 a garanti une paix religieuse intelligente, y toucher c’est prendre le risque d’en rompre l’équilibre subtil. Le contexte politique de l’heure est lourd du risque de voir l’ouverture d’un débat parlementaire s’apparenter à celle de la boîte de Pandore, chacun cherchant à y intégrer ses fantasmes ou ses détestations. Et nous avons pû le constater avec l’épisode du port du voile d’une maman accompagnant une sortie scolaire et au moment du rassemblement dit « contre l’islamophobie ».

Il convient d’éviter toute démarche qui conduirait à faire qu’une loi de liberté devienne une loi d’interdiction.

Car c’est une nouvelle fois, la religion musulmane qui est interpellée, stigmatisée.

La religion musulmane, dans ses manifestations variées, est une des composantes de la diversité culturelle que connaît notre pays. Dans le cadre de notre République indivisible, cette diversité est une richesse. Dans une écrasante majorité, nos concitoyens de religion musulmane acceptent les lois de la République. Ils connaissent le sens et les bienfaits, pour la liberté de penser et l’égalité de tous, de la séparation des Églises et de l’État. Ils savent toute l’importance d’être citoyens d’un pays dans lequel la neutralité de l’Etat garantit la primauté de l’intérêt général.

Des territoires peuvent connaître des enfermements communautaires qui doivent être combattus. Mais notre République est aussi une République sociale. Ce qui menace l’unité de la société, c’est à la fois le fanatisme religieux, le racisme, l’antisémitisme, l’insuffisante mixité sociale et scolaire qui favorise les replis et les constitutions de groupes homogènes, les discriminations et l’inégalité persistante et croissante des conditions de vie. Laisser ces questions sous le tapis serait une grave erreur. On aurait tort de considérer que ces questions sont secondaires et qu’il suffirait de se référer aux principes et valeurs de la République pour les régler.

La laïcité, n’est pas une option philosophique ou spirituelle, c’est un principe d’organisation politique qui permet justement à tous les choix philosophiques ou spirituels d’exister et de s’exprimer, dans les seules limites prévues par loi et l’ordre public.

Est-il besoin de rappeler l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui stipule que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.» »

 

« Il y a quelques temps, le 24 août dernier pour être précis, nous inaugurions ici les travaux de réhabilitation et d’extension de notre mairie. Une inauguration placée sous le symbole de la représentation de notre république au sein de nos territoires et particulièrement au cœur de notre entité communale.

Un symbole que j’aime à rappeler à mes collègues élus car il est la pierre angulaire de l’exercice de notre mandat local, un mandat qui nous situe bien au seul service de nos concitoyens, et ce dans le respect des lois et des valeurs de la République.

Liberté, Égalité, Fraternité, ce sont là des mots qui au-delà de la simple devise, portent en eux les fondamentaux de la construction citoyenne, du bien vivre ensemble, du mieux-être de tous.

Des mots qui sonnent comme des incantations mais aujourd’hui encore plus qu’hier, comme des alertes perpétuelles, des exigences qui nous rappellent à nos obligations de garant mais aussi de promoteur de ces valeurs.

Je dis aujourd’hui encore plus qu’hier, car malheureusement ces valeurs sont plus que jamais mise en danger par des comportements qui s’inscrivent en faux avec les notions de respect et de tolérance qui incarnent par définition celle de la citoyenneté.

Les dérives communautaristes, les xénophobies exacerbées, les discriminations culturelles, les violences terroristes, les violences tout court entre nos compatriotes, voire même quelquefois et nous le vivons de plus en plus, le non-respect des règles démocratiques, en sont l’illustration.

Chacun d’entre nous a le droit d’avoir des convictions, ses propres convictions, mais elles doivent s’inscrire dans le droit respect des droits et des devoirs de tous et de chacun dans le cadre de notre pacte républicain.

Et c’est là quelque part le fondement de la Laïcité qui n’est pas en soi une conviction, mais qui les autorise toutes dès lors, dans ce cadre que je viens de rappeler.

Et dans ce cadre, il y un mot qui me paraît essentiel, et qui pourtant, à mon sens, devient de plus en plus illusoire au point d’en être oublié. Ce mot, c’est la tolérance. Mais, je ne doute pas, pour vous comme pour moi, la tolérance c’est plus qu’un mot, c’est comme un jardin extraordinaire qu’il nous faut constamment travailler.

Le mot jardin, une belle transition pour nous ramener à ce qui nous rassemble ici aujourd’hui. Planter un arbre de la Laïcité. Planter un arbre de la Laïcité dans ce jardin de la Mairie. Je ne vais pas revenir sur le symbole, mais j’ai presque envie de dire : mais comment en pouvait-il être autrement ?

Et en cela, je remercie sincèrement l’amicale Laïque de Penmarc’h, d’en avoir eu l’idée et de me l’avoir proposée.

Sans hésiter, et avec l’aval de mon équipe, je n’ai pas tardé à vous formuler notre accord et surtout notre enthousiasme pour cette heureuse initiative.

Au travers de mes propos, vous aurez je le crois compris mon attachement viscéral aux valeurs de la Laïcité (que vous avez rappelées à l’instant Monsieur le Président).

Ces valeurs qui nous guident dans nos actions,… des valeurs qui je n’en doute pas sont largement partagées par notre population, des valeurs qui j’en suis certain sont le terreau protecteur de notre jeunesse,… des valeurs enfin qui constituent tout simplement le ferment de la citoyenneté.

Alors oui, mes chers amis, je suis très heureux et très fier aujourd’hui de savoir que ce sera ici, près de notre mairie, que les fruits symboliques de cet arbre de la Laïcité que nous allons planter ensemble, pourront être cueillis par tous les citoyennes et les citoyens de notre belle commune.

Je vous remercie. »